Yokai
avril 16, 2021

Les Yokai c'est quoi?

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Les Yokai c'est quoi?

Définition

Les Yokai sont un type de créatures surnaturelles dans le folklore japonais. Les folkloristes japonais utilisent le terme pour désigner les phénomènes surnaturels et inexplicables pour ceux qui en sont témoins. Il est souvent représenté comme un esprit malfaisant ou simplement malicieux démontrant des tracas quotidiens ou inhabituels. Le mot yōkai est composé des kanjis « attirant », « ensorcelant » ou « calamité », et « apparition », « mystère », « méfiant » .Les Yokai adoptent des formes variées : esprit, démons, fantômes, apparitions étranges. On les retrouve dans de nombreux mangas et /ou animés.

 YOKAI

Caractéristiques

Les yōkai ont un comportement qui varie de l'espièglerie à la malveillance et, occasionnellement, ils portent chance ou malchance à ceux qu'ils rencontrent. Ils possèdent souvent des attributs d'animaux, comme le kappa, qui ressemble à une tortue, ou le tengu, qui a des ailes. D'autres fois, ils peuvent avoir des traits plus humains ; quelques-uns ressemblent à des objets inanimés et d'autres n'ont pas de formes perceptibles. Les yōkai ont ordinairement des pouvoirs spirituels surnaturels. La métamorphose est l'un des plus courants. Les yōkai qui ont la capacité de se métamorphoser sont appelés obake.

 

Types

Il existe plusieurs types de Yokai. Les principaux étant:

  • L’oni, une espèce d'ogres descendant des montagnes à la peau souvent rouge, marron ou noire avec une large bouche aux dents asserrées et des cornes sur la tête.
  • Les tengu, gobelins ayant une connaissance des arts martiaux ainsi que des pouvoirs surnaturels.
  • Les animaux, comme les très connu tanuki (chien viverrin) et kitsune (renard).
  • Les tsukumogami, qui ne sont nul autre que des objets, tels que (un luth, un parapluie ou encore une bouilloire, prenant vie lors de leur centième anniversaire.

Il existe également des légendes contant les transformations d'être humain en Yokai après de fortes émotions comme la jalousie extrême. Certains possèdent des attributs physiques, tel que la possibilité d'allonger leur cou à l'infini durant la nuit.

On retrouve les Yokai dans des lieux divers et variés: en forêt, en ville, dans des maisons abandonnées, dans des lieux habités. Une légende dit qu'il est plus facile de les observer l'été car ils réaliseraient une sorte de procession. Il n'est donc pas étonnant que les japonais aient développé des moyens de s'en protéger. Le moyen le plus commun étant les ofuda, talismans de tissus, papier de bois où est inscrit un nom de divinité protectrice. Ils y sont également placés à l'entrée des maisons ou des temples pour empêcher les esprits malveillants d'y entrer.

Il existe un nombre exorbitent de Yokai, allant du plus sordide au plus grotesque. Voici donc une courte liste de Yokai plus ou moins sympathiques.

  • Akaname: on le retrouve seulement dans les salles de bains crasseuses où il passe son temps à lécher les salissures laissées par les propriétaires négligents.
  • Asshiarai yashiki: un pied gigantesque qui apparaît dans les pièces d'une maison et qui demande au propriétaire de la laver.
  • Hone-onna: très belle femme proposant de s'offrir aux hommes pour aspirer leur force vitale.
  • Kappa (ou kawataro) : diablotin des eaux avec une bouche en forme de bec et le sommet du crâne entouré de cheveux, ils ont pour activités de voler de la nourriture et de lâcher des pets dans les villages ainsi que de violer des femmes et de kidnapper des enfants pour souvent les noyers dans la rivière ou les dévorer.
  • Kasa- obake: souvent repris dans les animés, ce Yokai est un cyclope unijambiste en forme de parapluie. Il a également une bouche béante qui tire la langue.
  • Kuchisake-onna: La "femme à la bouche fendue" terrorise les enfants de Kyoto qui ne la trouve pas belle.
  • Yuki-onna: une belle jeune femme à la peau très blanche qui glace ses victimes dans la neige.

Histoire des Yokai

Au Ier siècle, un livre venant de Chine, intitulé, Xún shǐyún = Après l'histoire, fait mention qu'un « spectre (Yokai) était à la Cour impériale depuis longtemps. Le roi en demanda la cause à Tui. Il répondit qu'il régnait là une grande anxiété et il recommanda de vider la chambre impériale »l'utilisation de « Yao guai » signifie alors « événement qui surpasse la intelligence humaine ».

Dans le Shoku Nihongi (772), il est indiqué qu'une « purification shinto est réalisée car un yōkai apparait très souvent à la Cour impériale. L'utilisation du mot yōkai ne signifie pas une chose en particulier, mais des phénomènes étranges en général. Dans les Notes de chevet de Sei Shōnagon (XIe siècle), il est noté qu’« il y a des mononoke tenaces ; il y a aussi une indication de Murasaki Shikibu selon laquelle « le mononoke est devenu assez terrifiant. C'est la première apparition du terme mononoke. Dans le Taiheiki (1370), au cinquième volume, il est indiqué que « Sagami no Nyudo n'était pas du tout effrayé par les yokai ».

Histoire des yokai

 

Période Edo

Le Bakemono chakutocho (1788) de Masayoshi Kitao était un livre diagramme kibyōshi de yōkai, mais il a été préfacé avec l'indication : « on peut dire que les prétendus yōkai dans notre société sont une représentation de nos sentiments relevant de la peur. » Déjà, à cette époque, alors qu'il y avait des recherches sur les yōkai, des personnes se demandaient si les yōkai existaient vraiment ou non.

En réponse à un développement massif des publications imprimées, notamment de recueils de contes hyaku monogatari (« Cent Contes »), les librairies kashi-hon, qui proposaient la location de tels ouvrages, essaimèrent et gagnèrent en popularité. Ces livres donnaient l'impression au public que les caractéristiques de chaque yōkai étaient les mêmes partout au Japon et cette vision erronée se répandit à travers le pays.

 

Par exemple, avant la période Edo, il y avait foule d'interprétations sur les yōkai, qui étaient classifiés comme kappa mais, à cause de ces parutions, la notion de kappa s'ancra dans ce qui est la notion actuelle de kappa. Alors, en incluant d'autres sortes de publications, en plus des yōkai nés de légendes populaires, beaucoup de nouveaux yōkai furent créés, à partir de jeux de mots. Le Gazu hyakki yagyō de Toriyama Sekien en est un exemple. Et, lorsque le hyakumonogatari kaidankai devint populaire à l'époque d'Edo, on pensa qu'une des raisons de l'apparition de nouveaux yōkai était due à une demande faite aux conteurs de parler des yōkai qui n'étaient pas encore connus de la société. Il y a eu des exemples où des individus ont simplement créé de nouveaux yōkai comme pour le karakasa et le tōfu-kozō.

tōfu-kozō

Ils sont aussi fréquemment représentés dans les ukiyo-e. Des artistes comme Utagawa Kuniyoshi, Yoshitoshi, Kawanabe Kyōsai, et Hokusai ont dessiné des yōkai populaires ; on trouve également des livres, tel le Hyakki yagyō, créés par des artistes de l'École Kanō.

À notre époque, les jouets et les jeux comme le karuta, sugoroku, pogs utilisent fréquemment les yōkai comme personnages. En conséquence, avec le développement des publications, les représentations de yōkai qui étaient gardées au sein des temples et des sanctuaires sont devenues plus familières aux gens. C'est la raison pour laquelle les yōkai, après avoir été tant redoutés, sont devenus un symbole bienveillant.

Ère Meiji et après

Avec la restauration de Meiji, les traductions et l’idéologie des publications occidentales commencèrent à avoir un impact et les contes étrangers étaient particulièrement recherchés. Les binbōgami, yakubyogami, et shinigami seraient issus de l’ouvrage des frères Grimm, Godfather Death et de l'opéra italien, Crispino. Le shinigami ayant été représenté dans des spectacles littéraires classiques (rakugo), entre autres par l’auteur San'yūtei Enchō, ces créatures furent identifiées à tort comme des sortes de yōkai ou de kami authentiquement japonais. Malgré cette méprise, ils ont tenu une place considérable dans la culture niponne.

Au même moment, la culture classique japonaise a été dévalorisée et des chansons, des danses et des livres de légendes ont été perdus. La pensée scientifique était considérée comme supérieure et les yōkai et autres superstitions furent remis en question. Mais, de la fin de la période Edo jusqu'aux périodes Showa et Heisei, les publications des folkloristes de l'époque, ainsi que le respect du folklore, jouèrent un rôle indéniable pour prévenir la disparition de la culture populaire japonaise.

 

Époque contemporaine

De l'époque moderne jusqu'à présent, les yōkai ont été réintroduits dans diverses sortes de médias et ils sont bien connus de tous, âges et sexes confondus. Le kamishibai d'avant-guerre, l'industrie des mangas, les magasins kashi-hon (qui ont continué d'exister jusqu'en 1970) et la télévision contribuèrent à faire connaitre les yōkai et à les rendre familiers. De nos jours, ils sont un pôle d'attraction touristique pour redynamiser diverses régions, comme les endroits décrits dans le Tōno monogatari à Tōno dans la préfecture d'Iwate, et dans la préfecture de Tottori, lieu de naissance de Shigeru Mizuki. À Kyoto se trouve un magasin appelé Yokaido, un machiya (maison de style traditionnel de Kyoto) rénové, dont le propriétaire organise des visites guidées avec, pour thème, les yōkai de Kyoto.

 

Ainsi, les yōkai apparaissent dans les légendes sous diverses formes, mais les récits oraux traditionnels racontés par les anciens sont rares ; les situations régionales et l'arrière-plan uniques ne sont pas faciles à réunir. Par exemple, le yōkai classique représenté par le tsukumogami peut seulement avoir une réalité pour ceux qui vivent proches de la nature, tel le tanuki (chien viverrin), le kitsune (renard) ou le mujina (blaireau). De plus, dans les banlieues et les autres régions, même si les gens vivent dans un environnement agricole, certains objets ne sont plus utilisés, tels la pierre à encre, le kama (gros pot de cuisson), ou le tsurube (seau pour l'eau du puits). Et il existe des yōkai qui sont des réminiscences des anciens modes de vie tels l’azukiarai et le dorotabō.

Par conséquent, même les campagnards, nés entre 1925 et 1935 — exceptés ceux qui ont migré en ville — auront l'impression que ces choses qui se transforment en yōkai ne sont « pas familières » et « peu compréhensibles ». Cela se vérifie dans le rakugo classique car, bien que les gens comprennent les mots et qu'ils s'y réfèrent, ils ne sont pas capables d'imaginer que cela puisse avoir la moindre réalité. La modernisation de la société a donc eu un effet négatif sur la place des yōkai dans la culture classique japonaise.

D'un autre côté, les yōkai introduits par les médias ne sont pas limités à ceux des sources folkloriques classiques et, exactement comme à l'époque d'Edo, de nouveaux yōkai fictionnels font leur apparition, pour preuve les récits à propos de kuchisake-onna ou d’Hanako-san, donnant naissance à de nouveaux yōkai. À partir de 1975, en débutant par la popularité de kuchisake-onna, ces affabulations ont pris le nom de yōkai dans les médias. Cette terminologie a aussi été utilisée dans de récentes publications sur les légendes urbaines et l'auteur Bintarō Yamaguchi les utilise fréquemment.

La femme à la bouche fendue | Wiki Les légendes du monde | Fandom

Durant les années 1970, beaucoup de livres ont été publiés qui présentaient les yōkai, que ce soient des encyclopédies, des livres de références illustrés, des dictionnaires ou des livres d'horreur pour enfants mais, en parallèle avec les yōkai classiques comme le folklore, les kaidan et les essais, il a été démontré par les recherches contemporaines que ces yokai n'étaient pas issus de la culture classique et qu'ils avaient été nouvellement créés. Parmi les exemples bien connus, il y a le gashadokuro et le jubokko. Arifumi Sato par exemple est connu pour être un créateur de yōkai modernes et Shigeru Mizuki est un mangaka de yōkai.

Dans les écrits concernant les yōkai, il est possible de trouver des yōkai créés récemment, et Mizuki lui-même, à travers GeGeGe no Kitaro, a créé 30 nouveaux yōkai. Le fait que certaines critiques ont émergé à propos du mélange des yōkai traditionnels avec les yōkai récents a remis en lumière les traditions et les légendes. Cependant, étant donné que beaucoup d'écrivains de la période Edo, comme Sekien Toriyama, ont créé de nombreux yōkai, il y a aussi un autre avis selon lequel il est inutile de critiquer les créations contemporaines sans faire de même pour les créations classiques. De plus, il y a une opinion favorable qui dit que d'introduire divers personnages yōkai à travers ces livres nourrit la créativité et le développement émotionnel des jeunes lecteurs actuels.

Nous voici donc à la fin de notre voyage extraordinaire dans le monde des Yokai. Plusieurs aspects et récits ont été abordé sur ces derniers et nous espérons que vous avez appréciez chacun d'eux.


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